Éducation à l’IA dès l’école: la révolution annoncée

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Le virage stratégique d’un pays jeune et ambitieux

Au Vietnam, l’intelligence artificielle n’est plus seulement un slogan accroché aux discours sur la transformation numérique. Elle entre dans les classes. Depuis plusieurs années, le ministère de l’Éducation et de la Formation avance ses pions pour introduire l’IA de manière structurée dans l’enseignement général. Et pas question d’improviser : l’approche se veut progressive, adaptée au contexte local, aux programmes existants et aux réalités des établissements.

Dès 2024, des premières orientations officielles ont été publiées pour encadrer l’enseignement et l’apprentissage de l’intelligence artificielle dans les écoles. Ce texte fondateur a posé une base, offrant aux autorités locales et aux établissements un cap clair. Autrement dit, on ne laisse pas chaque école naviguer à vue : il s’agit d’une stratégie nationale, mûrement réfléchie.

Dans la foulée, l’Institut national vietnamien des sciences de l’éducation, avec le soutien de l’UNICEF, s’est attelé à une tâche délicate : adapter le cadre de compétences en IA proposé par l’UNESCO aux spécificités du pays. Programmes scolaires, formation des enseignants, environnement numérique… rien n’a été laissé au hasard. Une manière de rappeler que l’intelligence artificielle n’est pas interchangeable d’un territoire à l’autre. Elle se décline selon les cultures éducatives.

Un cadre expérimental à grande échelle

En 2025, le ministère a franchi une nouvelle étape en lançant l’élaboration d’un cadre de contenus dédié à l’éducation à l’IA dans les écoles générales. L’expérimentation a débuté au second semestre de l’année scolaire 2025-2026. Le mouvement est d’ampleur : des formations ont été organisées en deux vagues successives, d’abord pour 17 provinces, puis pour les autres territoires.

Selon le professeur Lê Anh Vinh, directeur général de l’Institut national des sciences de l’éducation, l’enthousiasme a été au rendez-vous. Plusieurs localités se sont portées volontaires pour participer au programme pilote. À Hô Chi Minh-Ville, les autorités éducatives ont même encouragé une mise en œuvre à grande échelle, laissant aux établissements le choix des modalités : intégration dans les disciplines existantes, séances thématiques, clubs dédiés, activités complémentaires… La souplesse semble être le maître-mot.

À Hanoï, l’école expérimentale primaire, secondaire et lycée a servi de terrain d’essai durant l’année 2025-2026. Les premières évaluations montrent un accueil favorable, tant du côté des enseignants que des élèves. Signe encourageant : peu de difficultés majeures ont été signalées lors du déploiement.

L’infrastructure et la formation, nerfs de la guerre

Pour les établissements déjà équipés en informatique et en technologie, l’introduction de contenus liés à l’IA ne bouleverse pas tout. Les infrastructures existantes constituent un socle solide. En revanche, le véritable enjeu réside ailleurs : la formation des enseignants.

Car si l’enthousiasme est palpable, la maîtrise technique n’est pas encore homogène. Des sessions de formation et des temps de partage d’expériences ont été mis en place pour permettre aux professeurs de mieux comprendre les contenus et les méthodes. Beaucoup découvrent encore les outils, expérimentent, tâtonnent parfois. Mais, une fois convaincus de l’importance pédagogique de l’IA, ils prennent l’initiative. C’est souvent ainsi que les vraies révolutions scolaires s’enclenchent : par des enseignants qui osent.

Dans la province de Ninh Binh, par exemple, un plan pilote spécifique a été lancé dès l’année scolaire 2025-2026. Les autorités locales ont multiplié les formations sur l’usage de l’IA dans l’enseignement. L’objectif est clair : ne pas laisser le corps enseignant sur le bord de la route.

Des pratiques concrètes dans les lycées

Au lycée pour élèves doués de Bien Hoa, les effets commencent à se faire sentir. Les activités liées à l’IA ne se limitent pas à de la théorie abstraite. Elles contribuent au développement des capacités d’apprentissage, de la pensée critique et de l’expérimentation pratique. L’IA devient un outil pour réfléchir, tester, créer.

La direction de l’établissement a organisé des formations à l’application de l’intelligence artificielle dans l’enseignement, aussi bien pour les responsables que pour les enseignants. Des initiatives ont été lancées à l’occasion de la Journée nationale de la transformation numérique. Le modèle de la classe inversée a été exploré dans ce nouveau contexte technologique. Et une plateforme numérique, LCMS i-School, est utilisée pour les révisions et l’évaluation, notamment en vue de l’examen de fin d’études secondaires prévu en 2026.

Dans les cours d’informatique, les élèves approfondissent désormais des thématiques spécifiques liées à l’IA, parfois connectées aux projets STEM. Cette articulation entre intelligence artificielle et sciences, technologie, ingénierie et mathématiques donne du sens aux apprentissages. Les élèves apprennent en manipulant, en programmant, en testant des solutions concrètes.

L’IA comme outil pédagogique au quotidien

L’intelligence artificielle ne sert pas seulement de contenu à enseigner ; elle devient aussi un instrument au service des enseignants. Conception des cours, élaboration de banques de questions, analyse des résultats d’apprentissage : certaines tâches chronophages sont allégées grâce à des applications en ligne. ChatGPT et Gemini figurent parmi les outils les plus fréquemment utilisés, notamment dans leurs versions gratuites.

Les cours gagnent en clarté et en interactivité. Les supports visuels se multiplient, les exercices s’adaptent plus facilement aux niveaux des élèves. Ces derniers, de leur côté, bénéficient d’une flexibilité accrue : ils peuvent travailler à tout moment, approfondir un point mal compris, tester leurs compétences. Au passage, ils développent des compétences technologiques, leur logique et leur capacité à résoudre des problèmes. Bref, ils apprennent à naviguer dans un monde où l’algorithmique est devenue omniprésente.

Des limites à ne pas ignorer

Mais ne soyons pas naïfs : l’intégration de l’IA dans l’école ne relève pas du conte de fées. Plusieurs défis persistent. D’abord, il n’existe pas encore de programme national unifié et officiel entièrement dédié à l’IA. Les contenus sont principalement intégrés à l’informatique ou à des activités STEM. Cette absence de cadre homogène pourrait, à terme, créer des inégalités entre établissements.

Ensuite, la pénurie d’enseignants spécialisés en intelligence artificielle se fait ressentir. Nombre d’entre eux en sont encore à l’autoformation. Concevoir des parcours approfondis ou accompagner des projets de recherche d’élèves suppose un niveau d’expertise qui ne s’improvise pas.

Du côté des élèves, les compétences sont hétérogènes. Certains utilisent l’IA de manière pertinente, en véritable levier d’apprentissage. D’autres peinent à formuler des requêtes efficaces, ou s’en remettent passivement aux réponses fournies. Le risque est réel : “demander à la machine et recopier la réponse” sans comprendre les mécanismes sous-jacents. À long terme, cela pourrait nuire à l’autonomie intellectuelle.

Il faut également rappeler que les contenus générés par l’intelligence artificielle ne sont pas toujours exempts d’erreurs. Informations inexactes, formulations imprécises, biais… la vigilance s’impose. À cela s’ajoute la question sensible des données personnelles et des risques de fuite. L’éducation à l’IA ne peut faire l’économie d’une solide formation à l’esprit critique et à la cybersécurité.

Un enjeu national et international

Le contexte plus large éclaire cette stratégie éducative. Ces derniers mois, le Vietnam a multiplié les initiatives en matière de robotique et de technologies stratégiques, comme en témoigne la présence remarquée de ses entreprises lors de forums internationaux en Autriche. L’investissement dans les laboratoires, la participation à des championnats nationaux STEM, IA et robotique ou encore la promotion des technologies clés montrent une ambition assumée.

Former les élèves dès le plus jeune âge à l’intelligence artificielle participe de cette dynamique. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à utiliser un outil, mais de préparer une génération à comprendre, concevoir et encadrer ces technologies. Quand un pays investit dans l’IA à l’école, il investit dans sa souveraineté numérique.

Reste une question fondamentale, qui dépasse largement le Vietnam : comment enseigner l’IA sans réduire l’éducation à une course aux compétences techniques ? La clé, sans doute, réside dans l’équilibre. Oui à l’apprentissage des algorithmes et des modèles ; mais oui aussi à l’éthique, à la réflexion critique, à la créativité humaine. L’IA peut être un formidable accélérateur. À condition de ne pas oublier que derrière chaque ligne de code, ce sont des citoyens qu’il faut former.

Source

https://en.nhandan.vn/ai-education-for-school-students-post161413.html

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