L’IA s’invite au lycée dès l’automne prochain

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Une nouvelle matière qui prend racine dans tous les lycées

À partir de l’automne 2026, les lycées croates franchiront un cap symbolique : l’intelligence artificielle fera son entrée officielle dans toutes les classes du secondaire. Le programme, baptisé « Artificial Intelligence: From Concept to Application », ne sera pas imposé comme discipline obligatoire, mais proposé en option à l’ensemble des niveaux. Un signal fort, à l’heure où l’IA s’invite partout – dans nos téléphones, nos moteurs de recherche, nos hôpitaux et jusqu’aux salles de classe.

Le ministère des Sciences, de l’Éducation et de la Jeunesse ne part pas de zéro. Aujourd’hui déjà, 147 écoles primaires et 93 établissements secondaires participent au dispositif. Au total, 5 455 élèves sont concernés. Chez les collégiens, le programme prend la forme d’une activité extrascolaire (du CM2 à la 4e, selon l’équivalent croate). Au lycée, il est proposé comme matière facultative en deuxième et troisième années. Dès la rentrée 2026-2027, il sera étendu à toutes les classes du secondaire.

En clair, la Croatie semble vouloir éviter le train de retard. Et dans le domaine de l’IA, rater le départ, c’est parfois courir longtemps derrière.

Du concept à l’application : une approche large et interdisciplinaire

Le programme n’a pas été conçu dans un bureau isolé. Il est le fruit d’un groupe de travail mêlant enseignants de différentes disciplines, pédagogues, experts en informatique, représentants du monde économique et spécialistes du réseau académique national CARNET. Une co-construction qui traduit une réalité simple : l’IA n’est plus l’apanage des seuls développeurs.

Ce choix du pluralisme est loin d’être cosmétique. Car l’intelligence artificielle, aujourd’hui, irrigue des secteurs aussi variés que la médecine, le droit, l’agriculture ou les industries créatives. Elle influence les diagnostics médicaux, la gestion des cultures, les décisions judiciaires assistées par algorithmes et même la production musicale. Difficile, dans ces conditions, de la cantonner à une stricte case « technologie ».

Le programme est d’ailleurs en cours de révision. Il s’appuie sur une expérimentation menée pendant l’année scolaire 2024-2025, dans le cadre d’une recherche-action impliquant directement les enseignants. Objectifs, contenus, méthodes pédagogiques : tout est passé au crible. On ajuste, on affine, on corrige. Une démarche pragmatique qui rappelle que l’IA évolue à grande vitesse et que les programmes scolaires ne peuvent se figer comme du béton.

Pourquoi miser sur la culture de l’IA dès le lycée ?

L’Association croate pour l’intelligence artificielle (CroAI) salue l’initiative, la qualifiant de « pas nécessaire en avant ». Pour sa directrice exécutive, Lorena Barić, l’IA n’est plus une marotte de passionnés de technologie. Elle est devenue une composante structurelle de presque tous les secteurs professionnels.

Selon elle, un niveau de base en littératie IA devrait désormais faire partie de la culture générale. Comprendre ce qu’est une intelligence artificielle – et surtout ce qu’elle n’est pas –, savoir comment les données sont utilisées, comment les algorithmes prennent des décisions, où se situent les limites éthiques : voilà le socle attendu.

Ce discours fait écho aux recommandations internationales. L’UNESCO, notamment, a publié ces dernières années un cadre de référence pour le développement des compétences en IA et l’intégration éthique de ces technologies dans l’éducation. En Europe, plusieurs pays multiplient également les initiatives pour former les élèves à l’algorithmique, à la pensée critique face aux systèmes automatisés et à la compréhension des biais.

Dans un contexte où ChatGPT, Gemini ou encore les outils génératifs d’images bousculent les pratiques scolaires, la question n’est plus de savoir si les élèves utiliseront l’IA. Ils l’utilisent déjà. La vraie question, c’est : sauront-ils l’utiliser avec discernement ?

Le vrai défi : la mise en œuvre sur le terrain

Introduire un nouveau programme sur le papier est une chose. Le faire vivre dans chaque établissement en est une autre. Lorena Barić le reconnaît sans détour : le défi principal ne réside pas tant dans le contenu que dans la qualité de l’implémentation.

Actuellement, ce sont le plus souvent des professeurs d’informatique, de mathématiques ou de disciplines techniques qui assurent ces cours. Des formations complémentaires sont proposées, notamment sous forme de webinaires intitulés « Teachers for teachers ». L’idée est de créer une dynamique collaborative et d’outiller progressivement les enseignants.

Mais enseigner l’IA, ce n’est pas simplement apprendre à coder un algorithme. Cela suppose d’aborder l’éthique, les impacts sociaux, la logique décisionnelle, la créativité augmentée par la machine. Autrement dit, une approche résolument interdisciplinaire.

Un enseignant bien formé peut influencer des dizaines d’élèves chaque année. Et parfois, changer la culture d’un établissement entier. À l’inverse, un accompagnement insuffisant risque de transformer une réforme ambitieuse en coquille vide. Entre la vision stratégique et la réalité des salles de classe, la route est souvent sinueuse.

Le spectre d’une fracture numérique nouvelle génération

Autre vigilance exprimée : l’accessibilité. Toutes les écoles ne disposent pas du même niveau d’équipement, ni des mêmes ressources humaines. Dans les zones rurales ou moins favorisées, le manque de matériel ou de connectivité peut freiner l’ambition initiale.

Le risque ? Voir apparaître ce que certains appellent déjà un « AI gap » – une fracture entre élèves exposés à une formation de qualité en intelligence artificielle et ceux qui n’y ont accès que de manière marginale. Une fracture plus subtile que l’ancienne fracture numérique, mais tout aussi déterminante pour l’avenir académique et professionnel.

Les responsables du programme soulignent donc la nécessité d’une action coordonnée entre l’État, les établissements scolaires, le secteur privé et les associations. Sans soutien matériel et pédagogique cohérent, les bonnes intentions pourraient se diluer.

Des bénéfices attendus… et des zones d’ombre

Les avantages mis en avant sont nombreux : développement de la pensée critique et analytique, renforcement de l’interdisciplinarité, meilleure préparation au marché du travail. Dans une économie européenne qui cherche à affirmer sa souveraineté technologique, former une génération capable de comprendre — et pas seulement consommer — les outils d’IA relève presque de la stratégie nationale.

Les élèves ne se contenteraient pas d’apprendre une technologie. Ils seraient amenés à réfléchir à leur propre rôle dans une société façonnée par des systèmes algorithmiques. Qui programme ? Avec quelles données ? Pour quels objectifs ? Et avec quels risques ?

Car les zones d’ombre existent. Les biais algorithmiques, les atteintes potentielles à la vie privée, l’automatisation accélérée de certains métiers inquiètent. L’éducation à l’IA ne peut donc pas être une célébration béate de la technologie. Elle doit aussi ouvrir le débat, encourager le doute, nourrir l’esprit critique.

On le voit déjà ailleurs : aux États-Unis, certains districts scolaires oscillent entre interdiction et intégration assumée des outils d’IA générative. En France, le débat s’est intensifié depuis 2023 autour de l’usage de ChatGPT dans les devoirs. La Croatie, elle, semble avoir choisi une voie médiane : encadrer, expliquer, former.

Au fond, cette évolution pose une question plus large : quelle école voulons-nous dans un monde où l’intelligence n’est plus seulement humaine ? En introduisant l’IA comme matière optionnelle dans tous les lycées, la Croatie envoie un message clair : mieux vaut apprendre à naviguer dans la tempête technologique que rester sur le rivage à la regarder passer. Reste à savoir si tous les élèves embarqueront dans ce voyage avec les mêmes cartes en main.

Source

https://www.portal.hr/en/novosti/hr/105137-fakultativni-predmet-o-ai-od-jeseni-u-svim-razredima-srednjih-skola

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