La question des langues régionales en France est un véritable casse-tête. Promulguée en mai 2021, la loi Molac avait pour ambition de redonner ses lettres de noblesse aux langues traditionnelles du pays, mais comme on dit, « entre l’arbre et l’écorce, il ne faut pas mettre le doigt ». Après quatre ans, les résultats sont mitigés. Mais examinons tout de suite les tenants et les aboutissants de ce casse-tête linguistique. Une ambition freinée La loi Molac a d’abord fait sensation. Quelle joie de voir enfin une législation dédiée à la protection des langues régionales, reconnues partie intégrante de notre patrimoine national. Pourtant, tout n’est pas rose dans la pratique. La promesse d’une offre généralisée d’enseignement de ces langues dans les écoles semble avoir pris du plomb dans l’aile. À l’heure actuelle, les acteurs locaux comme Paul Molac lui-même s’accordent à dire que l’Éducation nationale n’a pas pris le pli. “C’est un problème structurel” soupire le député du Morbihan. Au Pays Basque ou en Corse, des avancées existent, mais ailleurs, rien de bien flamboyant. Imaginez-vous lancer une course avec une jambe attachée : l’esprit est là, mais les moyens manquent clairement pour avancer. Des censures et des déceptions L’histoire de la loi Molac n’a rien du conte de fées idyllique que l’on aurait pu espérer. Peu après sa promulgation, certaines de ses dispositions ont été retoquées par le Conseil constitutionnel. Non, on ne pouvait pas ignorer l’article 2 qui clame haut et fort que la langue de la République est le français. Et bien sûr, l’enseignement immersif, une pratique adulée dans les écoles associatives comme Diwan ou Seaska, s’est vu sonner les cloches. Quand le sage indique la lune, l’idiot regarde le doigt… ou doit-on dire, la Constitution? Manque de cohérence et inégalités Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques, ne mâche pas ses mots. Quelle frustration pour ceux qui rêvaient d’un véritable décollage de l’enseignement en langues régionales. Selon lui, l’offre d’enseignement est inégale, forte en Pays Basque, quasi absente en Occitanie, une symphonie inachevée si vous me suivez. Dans sa vision, il faut surpasser les bonnes intentions du texte et les transformer en réalités tangibles. “Puisque nous fonctionnons dans un système centralisé, il est impératif qu’une stratégie nationale claire et directive se mette en place,” insiste-t-il. Les acteurs locaux sur le pied de guerre Sur le terrain, la grogne est palpable. « La loi Molac ne nous a pas beaucoup fait avancer », résume Erik Etxart, co-président de Seaska. Les difficultés financières, la reconnaissance des langues aux examens, et d’autres obstacles pèsent lourdement sur le moral des troupes. Ajoutez à cela l’Office public de la langue basque qui se débat pour sa survie faute de financement suffisant. La situation n’est guère reluisante. Et dans l’espace occitan, la mélodie n’est guère différente. Gautier Lagalaye, directeur de l’OPLO, adopte une perspective pragmatique tout en déplorant le manque de consistance dans l’application de la loi. “L’urgence concerne les moyens humains,” note-t-il. Le désir d’apprentissage est là, mais les enseignants formés, moins. Il est temps que les paroles se traduisent en actes, clament en chœur tous les protagonistes. La reconnaissance actuelle reste fragile. Avec 80% des Français favorables à l’enseignement des langues régionales (selon un sondage IFOP), l’appareil d’État a encore un sacré chemin à parcourir pour s’aligner sur cette volonté populaire. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, disent-ils ; il semble que l’État doit encore peaufiner son ouvrage… Source https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques/bayonne/l-education-nationale-ne-joue-pas-le-jeu-pourquoi-la-loi-sur-la-protection-des-langues-regionales-ne-marche-pas-3240190.html/





